Mise en œuvre des politiques du genre /Florentine Guihard – Koidio : « Il faut dépasser les questions de quotas pour miser sur la compétence… »
En marge de la célébration de la journée internationale de la femme maritime au port d’Abidjan le 18 mai 2026, Florentine Guihard – Koidio, Coordinatrice sortante du réseau pour l’Afrique de l’Ouest du Présidente du RFPMP-AOC (Réseau des femmes professionnelles maritimes et portuaires de l’Afrique de l’Ouest et du centre) , désormais Présidente du Comité de Veille Stratégique du réseau s’est exprimé à notre micro dans le cadre de notre rubrique « Trois questions à ».

Le thème de la Journée internationale de la femme maritime 2026 est très évocateur. Quel regard portez-vous sur l’écart entre les discours et les actions concrètes en faveur de l’inclusion des femmes dans le secteur ?
Florentine Guihard – Koidio : Oui, c’est vrai que le thème de cette année est très évocateur : « De la politique à la pratique : promouvoir l’égalité femmes-hommes au service de l’excellence maritime ». Il y a toutes les normes mises en place, toutes les résolutions prises à l’ONU et ratifiées par nos États. Mais, sur le terrain, le constat est parfois tout autre. Aujourd’hui, on se plaît à dire qu’il y a de plus en plus de femmes dans le secteur. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de laisser de côté 50 % des compétences, puisque nous représentons 50 % de la population.
Dans le secteur maritime, seulement 1,2 % des personnes qui naviguent dans le monde sont des femmes. Cela s’explique par plusieurs freins. À bord des navires, par exemple, certaines cabines ne sont pas adaptées, parce qu’il s’agit de bateaux conçus depuis les années 1990, sans prise en compte des spécificités des femmes. Les équipements de protection non plus ne sont pas toujours adaptés. Et puis, il faut rappeler qu’une femme peut passer jusqu’à six mois en navigation. Nous sommes des professionnelles, certes, mais aussi des mères, des éducatrices. Il faut donc tenir compte de cette réalité et de la nécessité de concilier vie familiale et vie professionnelle.
Mais les choses évoluent. À l’Académie régionale des sciences et techniques de la mer (ARSTM), par exemple, on parle aujourd’hui d’environ 26 % de femmes parmi les personnes formées. Avant, ce n’était pas le cas. Personnellement, je suis confiante et je pense que les politiques finiront par être réellement appliquées.
Le mentorat est-il, selon vous, une clé pour aider les femmes à s’affirmer et faire bouger les choses ?
Oui, il y a le mentorat, mais il faut surtout beaucoup de sensibilisation. Certaines jeunes filles pensent encore que le docker est uniquement une personne qui utilise sa force physique pour soulever des colis. Pourtant, avec la digitalisation et les nouvelles technologies, ce secteur demande aujourd’hui davantage d’intellect et de compétences techniques. Il faut donc commencer par sensibiliser les jeunes filles. Ensuite, lorsqu’elles intègrent le secteur, elles peuvent parfois se sentir perdues, comme dans tout nouvel environnement professionnel. Il faut alors les accueillir, les encadrer : c’est là qu’intervient le mentorat.
Et lorsque le mentor est une femme, cela parle davantage aux jeunes filles. Elles se reconnaissent dans ce parcours et comprennent que c’est possible.
Au niveau de l’Organisation maritime internationale (OMI), un programme de mentorat a d’ailleurs été mis en place. Pour nous, les anciennes, au niveau international, nous sommes actives sur les réseaux sociaux, nous échangeons avec les jeunes filles et nous animons des conférences. Il ne faut pas seulement rayonner à l’international sans que cela serve à susciter des vocations féminines au niveau national dans notre secteur. L’OMI tient véritablement à ce que les devancières accompagnent les nouvelles générations dans leurs carrières.
Et Comme l’a souligné l’un des panélistes, il faut que les femmes ouvrent davantage la voie aux jeunes filles.
En outre, il faut dépasser les questions de quotas dans nos politiques pour miser sur la compétence et l’excellence.
Coordinatrice sortante du RFPMP-AOC, quel regard portez-vous aujourd’hui sur son évolution ?
Les choses avancent bien. Aujourd’hui, nous sommes visibles, nous sommes audibles. Notre reconnaissance se traduit par le fait que plusieurs structures nous approchent pour collaborer avec nous. Des organisations très connues comme Expertise France travaillent avec notre réseau parce que nous sommes implantés partout en Afrique de l’Ouest et du Centre. C’est une grande fierté pour moi. Je suis particulièrement heureuse de voir que c’est sous mon mandat que plusieurs de ces partenariats ont été signés et que j’ai œuvré à faire connaître le réseau. C’est important, et je pense sincèrement que les choses avancent dans la bonne direction.

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