Intégration ville-port et mobilité urbaine : le Sénat de la JCI-CI réunit les acteurs pour une réflexion profonde

« Modernisation des transports urbains : facteur d’intégration “ville-port” ». C’est autour de ce thème que le Sénat de la JCI-CI (Jeune Chambre Internationale de Côte d’Ivoire) a rassemblé autorités, entreprises, représentants syndicaux, populations, jeudi 17 septembre 2026, pour une grande conférence.

« Parler de mobilité, ce n’est pas seulement parler de déplacements. C’est parler de temps, de compétitivité, d’activités économiques et de qualité de vie », a déclaré Amichia Thérèse Ahou, présidente du Sénat de la JCI-CI, pour planter le décor d’entrée.

Avec un trafic record de 46,6 millions de tonnes de marchandises et 1,7 million d’EVP (équivalent vingt pieds) enregistrés en 2025, la plateforme portuaire d’Abidjan génère près de 70 % du PIB et plus de 80 % des recettes douanières de l’État. Des performances qui imposent un important défi logistique. Chaque jour, entre 2 000 et 3 000 camions traversent des communes à forte densité urbaine telles que Treichville, Marcory, le Plateau, Yopougon ou Port-Bouët. Dans une métropole qui compte aujourd’hui plus de 6,2 millions d’habitants, un parc quotidien de 1,2 à 1,4 million de véhicules et 17 millions de déplacements par jour, le modèle historique du « tout sur la route » montre ses limites, a indiqué Florentine Guihard-Koidio, présidente du comité d’organisation. Comprendre donc les enjeux de la mobilité et faire émerger des pistes utiles pour renforcer la connexion entre la ville, le port et l’économie, tel était l’objectif visé par cette initiative citoyenne.

Changer de paradigme

« La congestion routière à Abidjan n’est pas une fatalité. » Elle appelle plutôt à un changement de paradigme, une meilleure organisation des flux et une responsabilité collective. C’est le message porté par le représentant du ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier, Hyacinthe Moni N’Guessan.

« Abidjan est une ville portuaire », a-t-il rappelé. Selon lui, cette réalité impose une véritable « culture portuaire », aussi bien aux habitants qu’aux acteurs du transport. Face à l’augmentation de la population et à l’extension de la ville, qui ont considérablement accru les flux de circulation, il a évoqué le développement du transport lagunaire de marchandises. Un projet pour lequel le gouvernement a engagé l’opérationnalisation, avec une phase pilote prévue entre Abidjan et Songon.

Au-delà des infrastructures, Moni N’Guessan a mis l’accent sur les « composantes soft » de la mobilité : la discipline, l’anticipation et la concertation.

Des projets pour changer le visage de la mobilité

M. Godefroy Yao Konan, représentant du Directeur général de l’AMUGA (président de la cérémonie), a détaillé la feuille de route du transport urbain. Il a souligné la mise en œuvre du PACOGA (Projet d’Appui à la Compétitivité du Grand Abidjan), initié par le Gouvernement ivoirien et la Banque mondiale en vue d’appuyer le développement urbain durable de l’agglomération du Grand Abidjan à travers une meilleure intégration du Port dans la ville.

L’AMUGA travaille en outre sur des dispositifs permettant de fournir des informations voyageurs en temps réel et de favoriser une billetterie interopérable, a-t-il révélé. L’objectif est notamment de parvenir à un titre de transport unique utilisable sur différents modes, dont les bateaux-bus et, à terme, le métro, avec des solutions de paiement mobile intégrées.

Parallèlement, le gouvernement mise sur les transports de masse pour les déplacements des populations. Le métro d’Abidjan et le BRT Est-Ouest Yopougon-Bingerville doivent progressivement structurer les grands corridors de déplacement.

Le défi d’une croissance durable pour le PAA

Représentant le Directeur général du Port autonome d’Abidjan, parrain de cette rencontre d’échanges, M. Macky Sangaré a partagé les efforts entrepris pour concilier performance économique et préservation de l’environnement. Certifié ISO 14001, le port s’engage dans la démarche « Ville-Port Durable à l’horizon 2030 ». Outre l’utilisation de l’énergie solaire sur certains magasins, le 2ᵉ terminal à conteneurs est désormais labellisé Green Terminal, fonctionnant entièrement à l’énergie électrique. Face aux besoins croissants en espaces et en capacités logistiques, le Port autonome d’Abidjan a effectué des opérations de remblai qui ont permis d’étendre ses installations.

Avec environ 2 600 navires, 46 millions de tonnes de marchandises et 1,6 million d’EVP traités annuellement, l’interconnexion entre le port et les différents projets de mobilité du Grand Abidjan devient un enjeu central. Macky Sangaré a souligné le renforcement de la concertation avec les collectivités locales et les différentes autorités afin d’identifier les impacts des activités dans la zone portuaire sur les populations et de mettre en place des mesures d’atténuation.

Interconnecter grâce au numérique

« Nous ne construisons pas des routes, des quais, des ponts, mais on met en œuvre la couche numérique qui permet au port de parler, par exemple, aux douanes, qui permet à la douane de parler à l’AMUGA et qui permet à l’AMUGA de parler aux citoyens », a expliqué Alphonse Bayala, représentant le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, sur l’infrastructure numérique. Il a cité le Guichet unique du commerce extérieur et SYDAM World, grâce auxquels plus de 15 procédures douanières sont déjà dématérialisées, avec environ 5 000 utilisateurs professionnels. L’objectif affiché par le gouvernement est désormais d’aller vers le « zéro-papier ».

Pour Alphonse Bayala, l’interopérabilité, la traçabilité des flux et la sécurisation des procédures doivent contribuer à améliorer l’efficacité de l’économie ivoirienne. Dans le secteur des transports comme dans les autres domaines, le numérique est ainsi présenté comme une infrastructure transversale destinée à faciliter les échanges entre les institutions, les entreprises et les citoyens, a-t-il insisté.

You may also like...

Laisser un commentaire